Ou maladie chronique dΓ©bilitante du gros gibier
Pour ne choquer personne, je pense que “gros gibier” s’applique bien Γ cette maladie reconnue pour la premiΓ¨re fois Γ la fin des annΓ©es 1960 dans un troupeau d’Γ©lans (elk) en captivitΓ© Γ Fort-Colins, dans le Colorado. Ce n’est qu’Γ la fin des annΓ©es 1970 qu’elle fut identifiΓ©e comme une encΓ©phalopathie spongiforme transmissible. On la retrouva par la suite chez le “daim” amΓ©ricain (une variΓ©tΓ© de cerf?) dans les rΓ©serves de gibier sauvage du nord-est du Colorado et du sud-est du Wyoming, puis dans quelques troupeaux de gibier en captivitΓ© de quelques ranches de quelques Γ©tats de l’ouest des Etats-Unis et du Canada. Bien qu’elle ait Γ©tΓ© diagnostiquΓ©e pour la premiΓ¨re fois sur des cervidΓ©s en captivitΓ©, nul ne sait si la source originelle de la maladie se trouve dans les animaux en libertΓ© ou sur des sujets retenus en captivitΓ© Γ des fins de recherche.
La CWD, le sigle est Γ prΓ©sent Γ la mode et les afficionados friands de sensation le dΓ©clinent avec autant de gourmandise que celui qui s’applique Γ la maladie de la vache folle (ESB), est une maladie relativement rare et sa distribution gΓ©ographique trΓ¨s limitΓ©e. Ce n’est pas parce que les curieux vont pouvoir dΓ©couvrir sur le site internet du Milwaukee Sentinel plus de 50 articles sur cette maladie depuis le premier janvier 2002 et risquant de porter prΓ©judice Γ la chasse dans un Γ©tat particuliΓ¨rement giboyeux, qu’il faille paniquer. En rΓ©alitΓ©, Γ ma connaissance, la maladie n’a Γ©tΓ© identifiΓ©e Γ l’Γ©tat sauvage que dans 11 contΓ©s (l’Γ©quivalent de nos arrondissements) contigus du nord-est du Colorado, du sud-est du Wyoming et du Nebraska et un cas Γ Γ©tΓ© dΓ©couvert sur un animal (mule deer) au Saskatchewann (Canada) par un chasseur. Bien que le nombrede cas recencΓ©s chaque annΓ©e semble Γͺtre en lΓ©gΓ¨re augmentation, on n’a relevΓ© Γ ce jour que moins de 300 cas cliniques de CWD et l’augmentation du nombre pourrait aussi bien s’expliquer par une vigilance accrue des personnes en contact avec ces animaux : chasseurs, des ranchers et fonctionnaires en charge de la chasse.
Sur des animaux en captivitΓ©, on a diagnostiquΓ© la CWD dans un petit nombre de ranchs de 5 Γ©tats amΓ©ricains et au Saskatchewan voisin.
Transmission de la maladie
Ni l’agent de la maladie, ni son mode de transmission n’ont Γ©tΓ© identifiΓ©s de faΓ§on certaine. La seule chose que l’on sache, c’est que la maladie se traduit par des lΓ©sions spΓ©cifiques analogues Γ celles qui sont la caractΓ©ristique de toutes les encΓ©phalopathies spongiformes (dites transmissibles) et l’accumulation d’une protΓ©ine prion rΓ©sistante aux enzymes protΓ©olytiques (PrPsc) dans les tissus nerveux.
En rΓ©alitΓ©, plus de 8.000 analyses effectuΓ©es sur des animaux provenant de rΓ©gions autres que celles qui sont connues pour Γͺtre infectΓ©es de faΓ§on endΓ©mique se sont toutes rΓ©vΓ©lΓ©es nΓ©gatives.
“Les barriΓ¨res qui empΓͺchent le passage de l’agent infectieux Γ la vache et Γ l’homme restent formidables”. Telle est la conclusion du journaliste du Journal Sentinel dans l’article publiΓ© le 8 aoΓ»t 2002, Γ propos du rΓ©cent colloque de Denver au Colorado sur la CWD et auquel ont assistΓ© plus de 400 personnes : scientifiques, chercheurs, chasseurs, fonctionnaires de la chasse. ” Le bΓ©tail en contact dans des enclos voisins d’Γ©lans ou de daims (cerfs?) infectΓ©s n’a jamais montrΓ© le moindre symptΓ΄me de la maladie aprΓ¨s 5 ans d’observation” a dΓ©clarΓ© Elisabeth S. Williams, chercheur Γ l’UniversitΓ© du Wyoming, lors de ce symposium, “et le bΓ©tail des ranchs atteints de CWD au Wyoming et au Colorado en contact avec des animaux malades de CWD n’a pas montrΓ© non plus de signes de contamination.”
A l’Γ©chelon molΓ©culaire, une Γ©tude a montrΓ© que les barriΓ¨res prΓ©sentΓ©es par le mouton Γ©taient moins efficaces que celles prΓ©sentΓ©es par les vaches ou les humains, selon Gregory Raymond, du Laboratoire des Montagnes Rocheuses de l’Institut National de la SantΓ©.
Patrick Bosque, neurologiste de Denver et professeur au service de neurologie de l’UniversitΓ© du Colorado, a soulignΓ© que “relativement peu d’AmΓ©ricains ont Γ©tΓ© en contact avec du gibier infectΓ©, si on compare Γ ce qui s’est passΓ© en Grande-Bretagne en matiΓ¨re de vache folle”. On a estimΓ© que 50 millions de Britanniques ont consommΓ© de la viande d’animaux contaminΓ©s et on n’a relevΓ© Γ prΓ©sent que 124 cas de variant de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (MCJ). Les travaux de Bosque ont Γ©tabli que les agents de la CWD, de la vache folle et du variant de la MCJ pouvaient s’accumuler dans le squelette des souris infectΓ©es artificiellement. Des Γ©tudes sont en cours pour voir si la mΓͺme accumulation pouvait se produire dans le muscle. A l’heure actuelle, la seule chose que l’on puisse affirmer, c’est que le prion s’accumule dans le tissu nerveux, les ganglions et la moelle epiniΓ¨re des animaux atteints et le seul conseil que l’on puisse donner, c’est d’Γ©viter de consommer ces morceaux dans les zones infectΓ©es lors de la dΓ©coupe des animaux. Les centre amΓ©ricains de ContrΓ΄le et de PrΓ©vention des Maladies ont Γ©tudiΓ© les cas de MCJ chez les personnes de moins de 30 ans, consommant du gibier de faΓ§on rΓ©guliΓ¨re. Ils n’ont trouvΓ© aucun lien de cause Γ effet entre la CWD et l’apparition de MCJ chez aucune des victimes.
Y a-t-il une autre explication ?
La pensΓ©e unique, tant en matiΓ¨re de vache folle (ESB), que de scrapie (tremblante du mouton) et de CWD, et mΓͺme de variant de la MCJ (vCJD), c’est que toutes ces maladies sont provoquΓ©es par un prion, une protΓ©ine mutante, qui aurait la possibilitΓ© de se rΓ©pliquer, pour ne pas dire se multiplier. Cet Γͺtre “semi-vivant” aurait la facultΓ© de survivre Γ des tempΓ©ratures qui dΓ©truiraient les bactΓ©ries, les virus et les parasites les plus rΓ©sistants, ce qui aurait permis leur passage du mouton Γ la vache au travers de cervelles de moutons transformΓ©es en farines de viande.
Cette hypothΓ¨se du prion dit “infectant” ne tient pas compte d’un certain nombre de constatations. Les habitants des Iles Shetland, au large de l’Ecosse, se sont rΓ©galΓ©s durant des siΓ¨cles avec des ragoΓ»ts de cervelles de moutons atteints de scrapie. On n’y a jamais constatΓ© le moindre symptΓ΄me pouvant faire penser qu’ils avaient Γ©tΓ© contaminΓ©s par cette voie. On a aussi constatΓ© des cas de vCJD chez des vΓ©gΓ©tariens de longue date, n’ayant jamais consommΓ© de cervelle ni de viande. Il n’y a jamais eu de bonne explication de la raison pour laquelle les vaches pouvaient contracter l’ESB en mangeant des cervelles de moutons atteints de scrapie, ni celle pour laquelle les humains pourraient attraper la vCJD en ingΓ©rant quelques dizaines de grammes de viande d’un animal contaminΓ©?
Il faut enfin remarquer que 80% des “jeunes personnes” mortes en Grande-Bretagne de vCJD vivaient dans les zones rurales du pays, oΓΉ n’habite que 20% de la population. Un groupage de cas dans le Weald District, dans le Kent, s’est produit dans une zone de production intensive de houblon, oΓΉ les rΓ©coltes sont traitΓ©es avec des organo-phosphorΓ©s Γ des doses cent fois supΓ©rieures Γ la moyenne des autres cultures.
On connait les idΓ©es de Marc Purdey sur l’implication des organo-phosphorΓ©s utilisΓ©s pour le traitement et la prΓ©vention du varron chez les bovins en Grande-Bretagne au tout dΓ©but des annΓ©es 1980 (et aussi en Bretagne). Ce fermier bio, dispensΓ© par la Haute Cour de Justice de Grande-Bretagne de suivre les injonctions du MinistΓ¨re de l’Agriculture pour le traitement de ses animaux, a Γ©laborΓ© une thΓ©orie alternative Γ l’intervention du prion “rΓ©plicateur” dans la pathogΓ©nie de l’ESB, impliquant l’influence des organophosphorΓ©s par la carence relative en cuivre qu’ils provoqueraient au niveau du systΓ¨me nerveux, et le remplacement du cuivre par le manganΓ¨se lors de la synthΓ¨se du prion, transformant ainsi l’activitΓ© anti-oxydante due au cuivre du prion normal et destinΓ©e Γ lutter contre les radicaux libres produits lors de la transmission de l’influx nerveux au niveau des synapses, en une action pro-oxydante du manganΓ¨se (tri- ou quadrivalent) qui a remplacΓ© le cuivre dΓ©ficient de ce prion physiologique (PrP), le transformant en prion pathologique (PrPsc pour srapie), l’empΓͺchant ainsi de remplir sa fonction d’Γ©limination des radicaux libres et contribuant ainsi au contraire Γ la destruction de la cellule nerveuse par son action pro-oxydante.
Cette idΓ©e a Γ©tΓ© prouvΓ©e Γ l’UniversitΓ© de Bath par David Brown, qui a rΓ©ussi Γ produire du prion pathologique dans des cultures de cellules, en faisant varier les concentrations en cuivre et en manganΓ¨se du milieu de culture. Les expΓ©riences auxquelles s’est livrΓ© Brown, en utilisant de fortes concentrations de manganΓ¨se avec de faibles concentrations en cuivre ont permis de reproduire les quatre changements de structure de la protΓ©ine prion, quand elle passe de l’Γ©tat PrP normal Γ l’Γ©tat PrPsc pathologique.
Purdey passe Γ prΓ©sent son temps Γ courir Γ travers le monde pour Γ©tudier les “Γ©pidΓ©mies d’encΓ©phalopathies spongiformes transmissibles (ESST), aussi bien chez l’homme que chez les animaux domestiques ou sauvages. Ses arguments sur la relation de l’Γ©quilibre cellulaire cuivre-manganΓ¨se du systΓ¨me nerveux lors de la synthΓ¨se du prion semblent solides et parfaitement logiques. Le fermier bio, devenu entre temps expert en biochimie et en physiologie, a avancΓ© une explication de la survenue de la CWD chez les Γ©lans et les daims sauvages du Colorado et du Wyoming.
Purdey a effectuΓ© un voyage dans les zones touchΓ©es par la CWD chez les daims et Γ©lans sauvages. Il y a constatΓ© que, dans cette zone situΓ©e sur les premiΓ¨res pentes des Montagnes Rocheuses, la surpopulation de ces animaux affamΓ©s les obligeaient Γ se nourrir d’aiguilles de pin en pΓ©riode de disette. Or les aiguilles de pin de cette rΓ©gion prΓ©sentent des teneurs trΓ¨s Γ©levΓ©es en manganΓ¨se, en relation peut-Γͺtre avec des pluies acides dues aux Γ©manations de haut-fourneaux situΓ©s dans la direction des vents dominants du secteur. Il a constatΓ© un phΓ©nomΓ¨ne analogue en Slovaquie oΓΉ deux “groupages” de MJC sont voisins de fonderies utilisant des minerais de ferro-manganΓ¨se et en verreries fortes utilisatrices de composΓ©s riches ebn manganΓ¨se. Et aussi en Islande, oΓΉ la scrapie sΓ©vit sur des sols prΓ©sentant un rapport Haute teneur en manganΓ¨se / Faible teneur en cuivre Γ©levΓ©.
Finalement toutes ces ESST s’apparentent fort Γ la condition dΓ©nommΓ©e “Folie du ManganΓ¨se” qui sΓ©vissait et sΓ©vit encore dans les mines de manganΓ¨se, quand les conditions de ventilation sont dΓ©ficientes. Dans l’ile de Groote Eylandt, au nord-est de l’Australie, oΓΉ est produite Γ prΓ©sent 25% de la production mondiale de manganΓ¨se, la population locale, essentiellement composΓ©e d’aborigΓ¨nes Agurugu, prΓ©sente chez une personne sur trente le Syndrome de Groote, une maladie cΓ©rΓ©brale fatale Γ Γ©volution progressive. Les chercheurs, financΓ©s par la compagnie miniΓ¨re, ont avancΓ© l’hypothΓ¨se d’une dΓ©fectuositΓ© gΓ©nΓ©tique amenΓ©e lΓ , il y a plus de 300 ans, par des navigateurs portuguais! En dΓ©pit du fait que certains blancs prΓ©sentent aussi ce syndrome et que l’Γ©mergence de la maladie coΓ―ncide avec le dΓ©but des opΓ©rations miniΓ¨res.
La confirmation de ces constatations devraient fatalement finir par poser la question du bien-fondΓ© des mesures mises en place pour l’Γ©radication de ce type de maladies ESST, pour rassurer les consommateurs, au coΓ»t prohitif que l’on connait (1 milliard d’euros au bas mot par an pour notre pays pour la seule ESB). Avec la perspectives du mΓͺme genre de dΓ©penses, si on pousse l’inconsΓ©quence jusqu’Γ occire les troupeaux de moutons et de chΓ¨vres coupables d’un dΓ©lit de scrapie. Avec la probabilitΓ© d’aller au devant d’un Γ©chec : la constatation de la dΓ©couverte de 27 cas supernaΓ―fs depuis la mise en place des contrΓ΄les systΓ©matiques sur les carcasses et les cadavres devrait donner Γ rΓ©flΓ©chir et Γ prΓ©ciser le pourcentage des cas totaux qu’ils reprΓ©sente. Pas besoin de se faire prophΓ¨te pour dire dΓ¨s maintenant que ces naΓ―fs reprΓ©senteront 100 des cas recencΓ©s d’ici quatre ou cinq ans, et qu’il serait bien Γ©tonnant que leur nombre se limitΓ’t alors Γ quelques unitΓ©s, mΓͺme si, entre-temps, on se soit arrangΓ© de rΓ©aliser autrement que jusqu’Γ prΓ©sent la prophyllaxie du varron…
π¨οΈ Print post

Leave a Reply